Plaidoirie pour la prise en charge du diabète type 2
Tahiti, le 16 septembre 2026 – Le syndicat des médecins libéraux de Polynésie française interpelle le Pays sur le diabète et la prise en charge de sa forme la plus fréquente, le type 2, qui n’est pas sur la liste des longues maladies. Le syndicat plaide en faveur d’une prise en charge rapide, bien moins coûteuse pour la collectivité. Le message a d’abord été défendu auprès de la ministre de la Santé. Mais les membres du Syndicat des médecins libéraux de Polynésie française regrettent que Raihei Ansquer ne les ai pas “entendus” . Le diabète de type 2 n’est pas inscrit, en Polynésie française, sur la liste des longues maladies, affections graves ou chroniques nécessitant des soins prolongés et coûteux, avec une prise en charge à 100 %, comme cela est le cas en Nouvelle-Calédonie ou en Frane hexagonale. Précisons qu’à ce jour seul le diabète de type 1 ainsi que les complications du diabète de type 2 sont inscrits sur la liste des longues maladies. Le président du syndicat, Dr Bondoux, a précisé, mercredi lors d’une conférence de presse, qu’il avait “espoir” que cette nouvelle liste soit “une réelle nouvelle liste des longues maladies, en intégrant ce fameux diabète de type 2 qui est vraiment le fléau sanitaire du Fenua (…). Ça gagnerait en temps, ça éviterait les complications futures, ça retarderait la dialyse, et je pense que le Pays aurait tout à gagner financièrement à ce que les patients se soignent vraiment” . L’argument des coûts “ne tient pas la route” Taote Bondoux le rappelle : les médicaments comme la metformine sont “abordables” en revanche lorsque le diabète est “ beaucoup plus grave on est amené à faire des associations, à mettre des médicaments complémentaires qui, eux, coûtent plus cher, et on voit souvent les gens décrocher au niveau du suivi médical (…) ils ne font pas leurs examens complémentaires, on peut le revoir 3, 4, 5 ans après. Et cette fois-ci, avec un orteil pas joli qui finit en amputation. C'est dommage”. Le vice-président du syndicat des médecins libéraux, Dr Rogeau, fais aussi dans sa patientèle le constat d’une certaine inconstance dans le suivi du traitement de ses patients diabétiques : “J 'ai un décrochage significatif de patients qui ne peuvent pas financer les diagnostics par prise de sang, les consultations spécialisées pour le suivi et le coût des traitements, alors que pourtant, ils ont un travail .” Ces médecins estiment aussi que leurs patients diabétiques qui n’ont pas le carnet rouge “se disent que ce n'est pas grave et mine de rien, les gens ont la notion quand même que longue maladie égal gravité. Et le diabète dès le diagnostic doit être considéré comme une maladie grave, chronique, et dont il faut s'occuper tout de suite” . Quant à ce qui pourrait expliquer la non-inscription du diabète de type 2 sur la liste des longues maladies, pour le Dr Bondoux l'argument des coûts “n'est pas valable et ne tient pas la route” . Il rappelle que le coût des dialyses se monte à 21 milliards de francs par an en Polynésie française. “ Même les médicaments un peu complexes du patient, avant l'insuline, ne coûteront jamais ce prix-là.” Un diabète de type 2 sur la liste des longues maladies, permettrait de “retarder” l’insuffisance rénale, les complications cardiaques ou encore neurologiques. “On ne peut pas se contenter de constater l'état sanitaire du Pays, avec un nombre de diabétiques qui augmente d'année en année, sans avoir une action forte sur la prise en charge et sur l'accès aux soins de ces patients-là”, martèle-t-il. De son côté taote Rogeau souligne que rien que la prise en charge de l’insuffisance rénale, coûte 8,5 milliards de francs par an à la collectivité polynésienne. Et le nombre de malades de cette affection augmente “ de 10 % tous les ans. Chaque année, on prend un milliard, en gros, de coûts de fonctionnement” . En outre, une hospitalisation en endocrinologie ou une réanimation coûtent “des centaines de milliers de francs. Ce qui, en comparaison à quelques consultations de médecine générale ou de consultations spécialisées de type cardiologue ou endocrinologue, coûte évidemment beaucoup moins cher” . Quant à la présence de plusieurs fast-food au Fenua taote Renaud Rogeau assure que cela “n'aide pas à maintenir une population en bonne santé” . Il pense même que des “ maisons médicales, des centres de soins” devraient-être mis en place plutôt à la place de ces établissements. Renaud Rogeau, médecin généraliste et vice-président du syndicat : “La prévention coûte moins cher que les soins” “Les derniers chiffres le montrent : les estimations les plus basses sont sur 22 % de la population qui serait diabétique, avec probablement des personnes sous-diagnostiquées. On pense que presque 40 % de la population serait diabétique. Les derniers chiffres sur le surpoids, c'est 70 % de la population en surpoids, c'est-à-dire un IMC supérieur à 25, et presque 40 à 51 % en fonction des études de population obèse, c'est-à-dire un IMC supérieur à 30. La prédominance du diabète de type 2 est nettement plus importante que les diabétiques de type 2, qui est beaucoup plus fréquente que les diabétiques de type 1. On sait – et là toutes les études le montrent – que la prévention coûte moins cher que les soins, surtout dans le cas du diabète, où les soins sont tout de suite des soins extrêmement coûteux, que ce soit la dialyse, les amputations, les chirurgies, la présentation d'un infarctus, d'un AVC. Tout ça, c'est des prises en charge très lourdes, évidemment très chères, en comparaison d'une prévention ou de prises en charge des premiers soins ou des premières consultations. C'est infiniment moins cher, évidemment, la prévention que le coût du traitement qui sera nécessaire après » . Benny, Malade : “Si je n'ai plus de carnet rouge, je n'aurai pas les moyens” “Aujourd'hui, avec mon carnet rouge, tout est pris en charge à 100 %, y compris mes problèmes de neurologie, parce que j'ai une neuropathie diabétique (…). Si je n'ai plus de carnet rouge, je n'aurai pas les moyens. Et le carnet rouge donne une image de la gravité de ta maladie. En plus, le carnet rouge, il y a plein de choses dedans qui sont remplies. Et là, tu as des rendez-vous, on te dit reviens voir le neurologue dans six mois. Et comme tu as le carnet rouge, tu es obligé d'aller. Ce carnet rouge a vraiment un double sens, ce n'est pas juste le sens de suivre le malade, c'est de lui donner une responsabilité (…). Et il a fallu vraiment que j'arrive aux souffrances, parce que la neuropathie, c'est des pics de douleur dans la nuit, tu te lèves en hurlant, parce que tu as l'impression qu'on est en train de te piquer les couteaux dans les pieds . Et le danger de la neuropathie – on n'explique pas ça – c'est que tu ne sens plus rien. Tu peux marcher sur du verre, tu ne sens rien. Par contre, dans la nuit, quand tu t'allonges, tu vas avoir l'impression qu'on te met des pics de verre dans les pieds alors que tu dors, que tu es tranquille, allongé.” Tahiti-Infos, le site N°1 de l'information à Tahiti
