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Tarahoi veut muscler son contrôle sur les finances du Pays

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Tahiti, le 16 septembre 2026 – Qui contrôle ? Tarahoi entend regarder de plus près où va l’argent du Pays, et surtout ce qu’il devient. Tavini, Tapura et Ahip proposent de créer une commission spéciale en charge du contrôle financier et capable de se saisir elle-même des dossiers qu’elle juge sensibles, d’obtenir des documents et d’auditionner ministres, dirigeants ou responsables d’établissements. Le texte sera examiné vendredi en commission des institutions. Une nouvelle étape dans la reprise en main de l’assemblée sur les choix financiers de l’exécutif. La proposition est cosignée par Antony Géros pour le Tavini, Tepuaraurii Teriitahi pour le Tapura et Nicole Sanquer pour Ahip. Les trois composantes de l’opposition majoritaire veulent cette fois modifier le règlement intérieur de l’assemblée pour lui donner un outil supplémentaire de contrôle financier. Sur le papier, Tarahoi ne manque pourtant pas d’outils. La commission de l’économie, des finances et du budget examine les textes budgétaires et suit leur exécution. La commission de contrôle budgétaire et financier (CCBF) se prononce notamment sur les aides, garanties d’emprunt et participations du Pays. Mais son avis reste consultatif et intervient dans des délais contraints. Un fonctionnement qui, reconnaissent les auteurs de la proposition, “ne permet pas toujours d’appréhender de manière approfondie la portée d’une opération ni d’en suivre l’évolution au-delà de son autorisation initiale”. C’est précisément ce trou dans la raquette que la nouvelle commission entend combler. L’assemblée pourra sélectionner les opérations ou organismes présentant “un enjeu budgétaire ou patrimonial particulier” et les suivre dans la durée. Situation financière, utilisation des aides ou prêts accordés, respect des engagements pris en contrepartie, participations détenues par le Pays ou risques futurs pour ses finances… autant de sujets qui pourront être passés au crible. L’objectif affiché est de doter Tarahoi de la capacité d’un contrôle “ciblé, réactif et approfondi” . Le récent dossier Air Tahiti Nui donne une idée très concrète de ce qui pourrait entrer dans son champ. Le gouvernement avait initialement proposé que le Pays prête 8,5 milliards de francs à la compagnie aérienne pour financer la rénovation de ses cabines. Après des semaines de discussions, deux longues auditions de la direction et un examen serré lors du collectif budgétaire, les élus ont finalement limité le prêt du Pays à 4 milliards, les 4,5 milliards restants devant être recherchés auprès des banques, avec une possible garantie du Pays. Mais ils ont, là encore, posé leurs conditions : calendrier de décaissement, plan de redressement, calendrier des travaux et business plan attendu en novembre devront notamment permettre de suivre la trajectoire de la compagnie avant d’accorder cette garantie. Choisir où regarder Avec la future commission, ce type de contrôle pourrait surtout se poursuivre une fois la décision prise. Le texte prévoit qu’elle “arrête librement son programme de travail” et puisse se saisir de toute question entrant dans son champ. ATN en est d’ailleurs l’illustration parfaite. La compagnie pourrait ainsi, si les membres de la commission le décident, rester dans son viseur après le vote. Et le contrôle pourrait s’étendre à d’autres organismes bénéficiant directement ou indirectement d’un concours financier du Pays, comme l’OPT, mais aussi aux sociétés dans lesquelles la collectivité détient une participation ou aux opérations susceptibles de faire peser un risque sur ses finances. Tarahoi se donne aussi les moyens d’aller chercher elle-même les réponses. La commission pourra auditionner les membres du gouvernement, responsables de services et d’établissements publics, dirigeants des organismes concernés ou représentants du Pays dans leurs conseils d’administration. L’institution, via cette commission spéciale, pourra également envoyer des questionnaires, réclamer des pièces, recourir à des expertises et organiser des visites. Difficile, dans ce contexte, de ne pas y voir aussi un pied de nez au président du Pays. Fin juillet, Moetai Brotherson avait rappelé les élus à l’ordre après des sollicitations directes auprès des services administratifs, leur demandant de respecter les circuits institutionnels. Une consigne qu’Antony Géros a encore récemment remise sur la table en pointant les difficultés rencontrées par les représentants pour obtenir directement des réponses de l’exécutif. Un outil taillé pour la bataille budgétaire Avec cette nouvelle commission, Tarahoi rappelle ainsi à Moetai Brotherson que c’est bien à l’assemblée qu’il revient de contrôler l’action du gouvernement. Et elle s’en donne les moyens : son règlement intérieur organiserait désormais formellement la possibilité d’interroger les membres du gouvernement, mais aussi de solliciter directement services et établissements publics pour obtenir les pièces nécessaires à ses contrôles. Une manière aussi de baliser le terrain après l’échec des discussions en amont du dernier collectif, alors que le budget 2027 est le prochain gros morceau financier attendu sur les bancs de l’assemblée. Présidée par le président de la commission des finances, actuellement Heinui Le Caill, la nouvelle instance réunira également les présidents des groupes politiques, cinq membres désignés à la proportionnelle et un représentant des non-inscrits. Une composition voulue pluraliste qui donnera aux différentes forces de Tarahoi accès aux mêmes travaux de contrôle. Et le lien avec la bataille budgétaire est assumé jusque dans l’exposé des motifs. Les travaux de la commission devront permettre d’ “éclairer, en amont des choix budgétaires, les conséquences présentes et futures de certaines décisions financières” et pourront nourrir aussi bien le débat d’orientation budgétaire que le budget primitif ou les prochains collectifs. Si la proposition franchit vendredi l’étape de la commission des institutions puis celle de la séance plénière, les membres de cette nouvelle instance devront être désignés dans les 15 jours suivant son entrée en vigueur. Après avoir montré qu’elle pouvait réécrire la copie budgétaire du gouvernement, l’assemblée veut désormais pouvoir suivre ce que deviennent les engagements qu’elle vote. Tahiti-Infos, le site N°1 de l'information à Tahiti

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