Cameroun : 446 milliards FCFA perdus en 3 mois, quand l’incompétence coûte des écoles et des hôpitaux
© Archives En seulement trois mois, l'État du Cameroun a été condamné par trois juridictions internationales à payer 446 milliards de FCFA (près de 700 millions d'euros) à des entreprises étrangères. Une facture qui, selon les leaders politiques et de la société civile, révèle une crise profonde de gouvernance. C'est une hémorragie financière sans précédent. Trois défaites judiciaires, 446 milliards. La première remonte au mois de Juillet 2026. Elle condamne le Cameroun à payer 353 milliards FCFA dans l'affaire Sundance. En effet, Le Cameroun est condamné à verser 353 milliards FCFA à la compagnie minière australienne Sundance Resources. En cause : le projet de fer de Mbalam-Nabeba à la frontière avec le Congo, géré de façon litigieuse. La deuxième gifle tombe début septembre 2026 : 51 milliards FCFA à payer dans l'affaire Piccini. Le CIRDI (Centre international pour le règlement des différends) condamne Yaoundé à payer 51 milliards FCFA (78,5 M€) à l'italien Gruppo Officine Piccini pour expropriation illégale sur le chantier du stade d'Olembé, résilié unilatéralement par l'État en 2019. Le dernier cas a connu son dénouement en septembre 2026 : 42,8 milliards FCFA à payer dans l'affaire Sonara. Comme coup de grâce cotre le pays, la Sonara perd son dernier recours au Royaume-Uni face au nigérian Sahara Energy. 42,8 milliards FCFA (75 millions de dollars) à payer pour des cargaisons de brut achetées entre 2013 et 2016, livrées et consommées mais jamais entièrement payées. Ce sont les intérêts et pertes de change qui ont fait exploser la note à cause des retards. Au total le Cameroun est condamné à décaisser 446,8 milliards FCFA L’incompétence sur le banc des accusés Pour les observateurs, ce n'est pas un accident mais un système. Joseph Espoir Biyong, leader politique, est cinglant dans une tribune : « Ces condamnations sont le révélateur d'une gouvernance par l'incompétence, le mépris et l'impunité. C'est une faute qui coûte des écoles, des hôpitaux et des routes à nous-mêmes et à nos enfants. » L'économiste Serge Alain Godong cité par RFI, parle d'un décalage complet avec les normes mondiales. « Les dirigeants camerounais ont un arrimage très lacunaire vis-à-vis de tout ce qui commande l'ordre mondial en termes de normes, de pratiques et de respect des engagements. Il n'est pas étonnant que l'on se retrouve avec des rendus judiciaires à la défaveur de l'État. » Et la trésorerie de la Sonara étant jugée fragile, c'est le Ministère des Finances qui devra payer, précise-t-il. L'expert pétrolier Robert Mouthe Ambassa pointe l'incompétence technique : « Les responsables en charge du dossier ne maîtrisaient pas les mécanismes financiers propres au secteur pétrolier, où chaque retard fait mécaniquement grimper les intérêts. Une inertie incompatible avec les exigences de réactivité de ce milieu. » Un pays sous tension et un silence qui inquiète Ces 446 milliards tombent au plus mal. Le Cameroun est toujours sous-programme FMI, avec une dette publique à 46% du PIB et des finances publiques sous tension. Pire : la facture peut encore grimper. D'autres contentieux sont en attente, notamment celui avec le canadien Magil Construction, lui aussi lié au fiasco d'Olembé. Face à tout cela, le silence du gouvernement est total. Aucune communication officielle sur les modalités de paiement ni sur les leçons à tirer. Dans les trois dossiers, aucune déclaration publique n'a été faite. Une accumulation qui pose une question plus large que des litiges isolés : celle de la capacité de l'administration camerounaise à honorer ses engagements contractuels à temps, et à anticiper le coût démultiplié d'un simple retard. Cet article Cameroun : 446 milliards FCFA perdus en 3 mois, quand l’incompétence coûte des écoles et des hôpitaux est apparu en premier sur Journalducameroun.com .
