Cameroun : Hadja Haoua, Mgr Bala, Martinez Zogo, le syndrome de « l’enquête ouverte » qui n’aboutit jamais ?
© DR La même phrase revient depuis 9 ans au Cameroun : "Une enquête a été ouverte". C'est la même angoisse qui revient avec l'affaire Hadja Haoua, portée par une association de Garoua. Le 14 septembre 2026, l'Association pour la défense des droits des opprimés -ADDO- saisit Paul Biya pour une disparue : dame Hadja Haoua. Connue comme une militante du Rassemblement démocratiques du peuple camerounais-RDPC- de Yaoundé, et pour ses vidéos virales en "Mondovision" où elle s'attaquait à de hauts responsables. Mais depuis, plus aucun signe de vie. C'est là que l'ADDO sort l'artillerie lourde : elle cite l'écrivaine Calixthe Beyala qui aurait affirmé que "son corps a été jeté d'un hélicoptère au-dessus de la forêt de Bertoua". Vrai ? Faux ? Rumeur ? L'ADDO elle-même pose la question : "Quel crédit peut-on accorder à ce témoignage troublant, mais combien récurrent ?" Et l’organisation fait le lien qui fait froid dans le dos avec deux affaires que les Camerounais n'ont jamais digérées. Mgr Jean-Marie Benoît Bala - 31 mai 2017 L'Evêque de Bafia, Mgr Benoît Bala , retrouvé mort dans la Sanaga, au fond de l'eau. Dans sa voiture, une lettre d'adieu jugée douteuse par ses proches. La thèse officielle : noyade/ suicide. La thèse de la famille et de l'Eglise : assassinat. L'enquête ? Annoncée, puis silence radio. 9 ans après, toujours aucune vérité judiciaire. "Monseigneur s'est retrouvé au fond du lac à l'instar d'un poisson d'eau douce, prenant prétendument soin d'orienter sa dernière demeure à travers une pseudo-lettre abandonnée dans sa voiture", écrit l'ADDO. Martinez Zogo - 17 janvier 2023 Le chef de chaine de la radio Amplitude FM, enlevé, torturé, son corps mutilé retrouvé à Ebogo. L'affaire qui a fait trembler la République avec l'inculpation du patron de la DGRE Léopold Maxime Eko Eko et du magnat Jean-Pierre Amougou Belinga. Procès fleuve, mais 3 ans après, toujours pas de jugement définitif. Le nom des commanditaires présumés circule, mais la justice peine. L'ADDO s’inquiète pour Haoua et fait le rapprochement. "Elle ne donne aucun signe de vie... si elle n'est pas dans l'œil du cyclone dans le prolongement du sillon labial, de feu Martinez Zogo ." Hadja Haoua - Septembre 2026 C'est le maillon manquant. Selon l'ADDO, Hadja Haoua aurait "beaucoup vu, beaucoup entendu" en haut lieu en tant que ‘’épouse de M. Baongla, présenté comme fils aîné présumé du Président’’. Elle aurait "violé leurs secrets intimes" en direct sur Facebook. L'association admet : ses propos étaient "orduriers", "téméraires", "condamnables" pour injures publiques. Mais elle pose la question centrale d'un Etat de droit : "Ses parents ont le droit de savoir sous quel toit réside leur fille, quelle est la sentence retenue contre elle et pourquoi ?" Au mieux, dit-elle, "internée dans les geôles d'infortune". Au pire, "jetée dans la tombe". Le plus important pour eux d’abord de savoir où elle se trouve. Le point commun : la formule magique Pour l'ADDO, le mode opératoire semble identique : "L'enquête ouverte est désormais un terme usité chaque fois pour la clôturer définitivement ce jour même pour mettre fin à toutes investigations... pour ranger les dossiers compromettants dans les placards de l'indulgence condamnable et l'impunité abjecte." C'est ce que l'association appelle le "kidnapping d'Etat" et le "gangstérisme indécent qui prospère en raison du mutisme complice et aberrant et de l'autoritarisme excédent". Elle demande au président Paul Biya, comme président du Conseil supérieur de magistrature, de "dissiper le brouillard de l'arbitraire". À cette heure, il n’y a aucune confirmation officielle de l'arrestation ou de la détention de Hadja Haoua par la police ou la justice ; aucune confirmation du témoignage attribué à Calixthe Beyala ; aucune plainte visible de la famille directe. Le parquet de Yaoundé n'a pas communiqué. L'affaire reste donc, à ce stade, une dénonciation associative basée sur des témoignages non vérifiés et des rapprochements avec deux affaires criminelles distinctes. Mais la lettre a le mérite de poser la question que tout Yaoundé se pose depuis 48h : Hadja Haoua est-elle vivante ? Où est-elle ? "Justice, Justice, Justice." conclut l'ADDO. Cet article Cameroun : Hadja Haoua, Mgr Bala, Martinez Zogo, le syndrome de « l’enquête ouverte » qui n’aboutit jamais ? est apparu en premier sur Journalducameroun.com .
