“Ça contribue au dynamisme du bout de l’île”
Tahiti, le 6 novembre 2026 - La mairie de Tautira et plus de 300 habitants signataires d’une pétition s’opposent à la démolition des toilettes du parc Tatatua sans solution de remplacement. “Où les gens vont aller faire leurs besoins : dans les riri, sur la plage ?” , déplorent le maire délégué et un conseiller municipal. De son côté, le Service du tourisme évoque des contraintes réglementaires, l’accentuation du phénomène d’érosion et des incivilités répétées. C’est un bâtiment qui fait partie du quotidien des usagers du parc Tatatua depuis son inauguration en 2014, orné de superbes fresques à l’effigie des rameurs de Maire Nui et des produits du terroir, qui ont aujourd’hui perdu de leur éclat. Après douze ans de bons et loyaux services, l’usure et les actes de vandalisme ont eu raison des sanitaires du village de Tautira : depuis quatre mois, les deux portes d’entrée sont cadenassées en vue d’une démolition à la demande du Service du tourisme, gestionnaire du site, comme évoqué il y a quelques jours par nos confrères de TNTV. Un service public “essentiel” Une perspective qui suscite un lever de boucliers. Certains diront sur le ton de l’humour que c’est un “caca nerveux” , mais sur place, le sujet est pris très au sérieux. “C’est la base pour tout être humain : on ne peut pas vivre sans faire pipi et caca. C’est le b.a.-ba de l’accueil et un service public essentiel. C’est un site qui est très fréquenté le week-end. Il y a une petite entreprise d’excursions en pirogue à voile et aussi une roulotte. Il y a nos jeunes qui viennent jouer au beach soccer et au volley-ball, et il y a aussi de la pétanque. On a accueilli dernièrement de grands événements, comme Matari’i i ni’a, Hōkūle’a et de grandes courses de pirogues. Comment on fait sans toilettes, où les gens vont aller faire leurs besoins : dans les riri, sur la plage ? Ça contribue au dynamisme du bout de l’île” , lance Éric Pédupèbe, en tant que conseiller municipal. Des enjeux qui auraient été évoqués en juillet dernier lors d’une réunion, mais la décision, motivée par plusieurs facteurs (lire encadré ci-dessous) , était déjà actée. “Ce qu’on craint si les toilettes sont détruites au lieu d’être rénovées, c’est qu’on nous oppose la nouvelle réglementation par rapport aux constructions littorales, qui fera qu’on ne pourra plus reconstruire” , remarque le maire délégué de Tautira, Arnold Toheira, qui multiplie les coups de gueule en vidéo sur les réseaux sociaux. “Si on devait casser tout ce qui est vandalisé... Pourquoi certains sites peuvent être rénovés et pas d’autres ? On a la chance d’avoir des infrastructures, mais sur ce point, on se sent délaissés” , poursuit-il. Pour les deux élus, les travaux d’enrochement – lancés le 21 octobre par le ministère des Grands travaux pour un montant de 40 millions de francs – n’auraient pas non plus d’incidence sur le maintien des sanitaires : “L’érosion, elle est générale, pas qu’à Tautira. C’est d’ailleurs pour ça qu’il y a ce chantier pour protéger l’école, du tiki jusqu’à la descente, mais pas devant les toilettes. Donc on ne voit pas le rapport !” Une pétition lancée Un couple de touristes croisés sur place ce vendredi est interpelé par cette bataille, remontée jusqu’à leurs oreilles sur leur lieu d’hébergement. “C’est quand même aberrant qu’un parc public ne soit pas doté de toilettes. Ça devrait être non négociable. Ne serait-ce qu’en termes de propreté et d’hygiène. C’est un plus quand on se promène, car ce n’est pas toujours évident” , commentent-ils. Parmi les usagers réguliers de cet accès à la mer, une résidente témoigne : “Je vais souvent au parc avec toute ma famille, mes grands-parents, mais aussi mes enfants, le mercredi ou le week-end. On ne peut pas rentrer à la maison dès qu’on a besoin d’aller aux toilettes ou pour se rincer à la douche”. Cette jeune femme fait partie des signataires d’une pétition adressée au gouvernement et au Service du tourisme : en moins de deux jours, elle totalisait déjà plus de 315 signatures en ligne et 120 par écrit à la mairie. “Les sanitaires publics ne sont pas un luxe. Les supprimer sans prévoir de solution de remplacement, c’est priver les habitants et les visiteurs d’un équipement essentiel” , est-il notamment souligné. Vers un sit-in ? La mobilisation s’organise pour contrer la démolition, qui devrait intervenir prochainement : ce jour-là, c’est un sit-in qui se profile pour empêcher les travaux. “Sans mouvement de force” , prévient toutefois le maire délégué. Rénovation, reconstruction, toilettes chimiques, partenariat avec la commune pour l’entretien, il évoque plusieurs pistes pour tenter de trouver une solution favorable au bien-être des usagers. En attendant, deux alternatives s’offrent à eux : les toilettes de la mairie annexe, accessibles en semaine uniquement, et celles du nouveau parc Teafa, deux kilomètres plus loin – déjà hors service chez les tāne. Le point de vue du Service du tourisme Sollicité sur le sujet, le Service du tourisme indique par écrit avoir “informé la commune de l’impossibilité de procéder à la remise en état des sanitaires, en raison des contraintes réglementaires et environnementales liées aux travaux de protection du littoral actuellement en cours sur le site” . Selon un bureau d’études, le bâtiment situé en haut de plage “accentue localement les phénomènes d’érosion” , qui ont nécessité l’installation de gabions (casiers de pierre), côté mer. Une notice d’impact réalisée par un second bureau d’études “recommande le déplacement du bloc sanitaire” . Les incivilités répétées ont également pesé dans la balance. “Ces dégradations compliquent leur maintien en état de fonctionnement, présentent des risques pour les usagers et engendrent des coûts importants pour la collectivité” , est-il mentionné, tout en reconnaissant “des difficultés pour assurer des réparations régulières sur ce site isolé”. Le Service du tourisme “est conscient des désagréments occasionnés par l’absence de sanitaires pour les usagers du parc et regrette cette situation” . Si aucun projet de reconstruction n’est actuellement programmé, il précise que “la démolition n’exclut pas qu’une réflexion soit menée sur de futurs équipements mieux adaptés, implantés dans une zone moins exposée et dont les conditions de gestion permettraient un entretien durable”. Tahiti-Infos, le site N°1 de l'information à Tahiti
