Les violences sexuelles chiffrées au Fenua
Tahiti, le 27 octobre 2026 - La vice-présidente du Pays, Chantal Galenon, la première présidente de la cour d’appel de Papeete, Gwenola Joly-Coz, ainsi que le procureur général Frédéric Benet-Chambellan ont tenu une conférence de presse ce mardi pour annoncer la prochaine sortie de la 2 e édition de l’observatoire des violences faites aux femmes et intrafamiliales en Polynésie française. La thématique de cette année se porte sur les violences sexuelles intrafamiliales. Ne cherchez pas d’analyse dans les chiffres qui seront prochainement livrés, il n’y en aura pas. Mais juste une vérité chiffrée crue et malaisante, sur une société polynésienne qui peine à protéger ses femmes et ses enfants des violences intrafamiliales qui y sévissent. Le 19 novembre prochain, le 2 e volet, centré sur les violences sexuelles intrafamiliales en Polynésie française, de l’observatoire des violences faites aux femmes et intrafamiliales sera dévoilé à la présidence. Cette présentation réunira les acteurs institutionnels et professionnels afin de mettre en commun les difficultés rencontrées dans les parcours de protection et de faire émerger des pistes d’action concrètes. Après la publication du premier rapport de l’observatoire en 2025, les violences intrafamiliales ne se sont pas estompées, bien au contraire. 75 % de signalements en plus sur Tahiti et Moorea, 570 femmes victimes sont venues au tribunal témoigner de leur calvaire, soit 15 % de plus que l’année précédente. De plus, la cour d’assises n’a jamais eu autant d’affaires de viol et de meurtre par conjoint à traiter. 33 dossiers en 2026, dont 80 % d’entre eux étaient des viols. “Nous ne voulons pas faire du ‘one shot’ en ne diffusant qu’un seul exercice de cet observatoire” , a expliqué ce mardi à la présidence la première présidente de la cour d’appel, Gwenola Joly-Coz. “Nous voulons offrir des chiffres fiables pour définir une politique publique.” Briser le silence Après la politique de consolidation des affaires en cours, répressive et urgente, conduite dans la foulée de l’affaire Lyhanna, c’est une politique sociale que le Pays cherche à mettre en œuvre pour que la mort de la petite Ayden, tuée sous les coups de ses tuteurs, ne soit pas un fait divers de plus, mais soit celui de trop. “Nous avons quatre décès en un an” , recense Gwenola Joly-Coz. “Deux femmes, mortes sous les coups de leurs conjoints, et deux enfants. Il y a des centaines de victimes chaque année.” Première arme pour éviter la poursuite à la hausse de ces chiffres, briser le silence. “Il faut briser ce silence qui est très fort au Fenua” , poursuit la première présidente. “Cette année encore, 26 viols sont étudiés par la cour d’assises. 100 % des auteurs sont des hommes et une fois sur deux, c’est le père de la victime.” Malheureusement, les chiffres ne seront pas accompagnés d’explications. Alcool, drogue, contextes familiaux, contextes sociaux-éducatifs ne seront pas corrélés aux graphiques qui seront prochainement donnés. “L’observatoire est chiffré, et c’est son objectif” , explique Gwenola Joly-Coz. Les chiffres, cette année encore peu glorieux, seront donc dévoilés le 19 novembre prochain. Un centre au nom de Ayden En fin d’année, la première pierre d’un nouveau centre de protection de l’enfance sera posée. Le projet Pū Merahi Ayden devrait sortir de terre pour 2028 et sera un centre d’accueil pour les enfants en danger de 3 à 12 ans, avec 40 places d’hébergement et dix places d’accueil d’urgence. L’objectif de ce nouveau centre est de renforcer les capacités d’accueil des enfants nécessitant une mesure de protection, disposer de solutions adaptées aux situations d’urgence, sécuriser les parcours d’enfants accueillis et associer l’accompagnement des parents au parcours de protection de l’enfant. Ce foyer permettra d’abriter quelques-uns des 2 781 enfants qui sont actuellement suivis par les services de l’aide à l’enfance ou encore la DSFE. “Ces dernières années, 973 enfants ont été retirés de leurs familles parce que c’était trop dangereux pour eux”, témoignait non sans émotion la vice-présidente du Pays, en charge des affaires familiales, Chantal Galenon. Chantal Galenon, fidèle au poste Alors que des noms circulent annonçant des démissions dans le gouvernement de Moetai Brotherson, rien n’a encore été acté. Vannina Crolas ne s’est toujours pas exprimée publiquement sur sa position et Chantal Galenon a démenti ce mardi un éventuel départ. “Lors de la pose de la première pierre du centre Pū Merahi Ayden, je serai là en tant que ministre et vice-présidente” , a-t-elle souri. “Sauf si le président du Pays devait en décider autrement. Ça parle beaucoup, mais cela ne me concerne pas” , a-t-elle conclu. Tahiti-Infos, le site N°1 de l'information à Tahiti
