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“Courage, fuyons !”

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Tahiti, le 26 octobre 2026 - Il devait être question des orientations budgétaires du Pays pour 2027. Mais entre la crise sociale dans la santé, les interrogations sur la démission annoncée de Vannina Crolas et un gouvernement visiblement à cran, le débat a pris une tout autre tournure lundi à Tarahoi. Après le départ de Moetai Brotherson avec sa ministre de la Fonction publique, officiellement pour rencontrer les soignants en grève, un accrochage avec Lana Tetuanui a fait sortir la vice-présidente Chantal Galenon de ses gonds, au point de demander aux ministres de quitter l'hémicycle. Du jamais-vu à Tarahoi. Pendant que les soignants marchaient vers la présidence ce lundi matin, les élus étaient réunis pour débattre du rapport d'orientation budgétaire (ROB) 2027 à Tarahoi. Un exercice particulier, qui ne donne lieu à aucun vote et se résume souvent à une succession d'interventions. Depuis l'arrivée de Moetai Brotherson aux commandes du Pays, il faut toutefois reconnaître que le gouvernement se prête davantage au jeu des questions-réponses. Encore faut-il rester pour y répondre. Car ce lundi, les orientations budgétaires ont rapidement été rattrapées par l'actualité sociale et politique. Depuis ce week-end, Polynésie La 1ère annonce la démission de Vannina Crolas, ministre de la Fonction publique, en première ligne sur les revendications statutaires des personnels hospitaliers. Malgré les sollicitations répétées des médias, la présidence s'est bien gardée de confirmer ou de démentir l'information. Tout juste nous a-t-on indiqué que rien n'était “acté” pour l'instant. Une subtilité qui laisse entendre que la question est bel et bien sur la table, sans que l'exécutif soit prêt à l'officialiser. Qui ne dit mot consent ? Tepuaraurii Teriitahi a donc tenté d'obtenir une réponse directement du président, sur le sort de Vannina Crolas mais aussi de Chantal Galenon : “Est-ce que nous avons toujours une ministre de l'Emploi ? Est-ce que nous avons toujours une vice-présidente ?” Sur les bancs du gouvernement, l'équipe affichait complet, comme pour montrer qu'elle faisait bloc. Mais à voir les mines, l'ambiance était plutôt à la soupe à la grimace. Quant à Moetai Brotherson, il a préféré botter en touche. Après avoir défendu ses orientations budgétaires et renvoyé l'opposition à ses contradictions, il a annoncé, vers 11 h 30, devoir quitter l'hémicycle avec Vannina Crolas pour rencontrer les personnels hospitaliers en grève. Une explication qui pouvait s'entendre. Sauf que le président n'a finalement pas rencontré les manifestants dans la matinée, contrairement à Antony Géros qui, peu avant son départ, avait cédé le perchoir au deuxième vice-président de l'Assemblée pour recevoir les grévistes. Le gouvernement déserte l'hémicycle La suite a achevé de faire dérailler le débat. Alors que les élus poursuivaient leurs interventions, Lana Tetuanui et Chantal Galenon se sont vivement accrochées sur la possibilité de critiquer le président du Pays en son absence. La vice-présidente, visiblement excédée, a alors demandé aux membres du gouvernement de quitter l'hémicycle. Chantal Galenon avait déjà essuyé les tirs lors du collectif budgétaire, alors que Moetai Brotherson participait au Forum des îles du Pacifique. Cette fois, a-t-elle rétorqué pour se défendre, “le président est ici” . Mais c'est encore elle qui s'est retrouvée au feu. Presque tous les ministres l'ont suivie. Seuls Warren Dexter, ministre des Finances, et Samantha Bonet-Tirao, ministre de l'Éducation, sont restés à leur place. “Courage, fuyons !” , a lancé Lana Tetuanui. Dans l'hémicycle, la stupéfaction a rapidement laissé place aux réactions, plusieurs élus prenant soin de saluer les deux ministres restés à leur poste. Nuihau Laurey, pourtant rompu aux passes d'armes de Tarahoi, n'en revenait pas, expliquant “n’avoir jamais vu ça”. Un départ qui pose question Mais derrière ce départ fracassant se posait une question de procédure. L'article 34-1 du règlement intérieur de l'assemblée prévoit en effet que le gouvernement réponde aux interventions des représentants avant que le débat d'orientation budgétaire puisse être clos. “S'il ne se tient pas avant le 31 octobre, quelles sont les conséquences ? Quelles sont les conséquences ?” , a insisté l'élu Ahip, soulevant le risque de compromettre la suite de la procédure budgétaire. Alors que Tematai Le Gayic proposait de suspendre les travaux jusqu'à 14 heures, Lana Tetuanui est revenue à la charge : “Je constate, moi, de là où je suis assise, que le débat n'a pas eu lieu.” Avant d'ajouter : “Le geste est accompli. Prenons nos responsabilités en tant qu'élus de cet hémicycle.” À la reprise, à 13 h 46, Hinamoeura Morgant-Cross a dénoncé le départ “avec perte et fracas” du gouvernement et la “condescendance” du président, accusé de prendre les représentants “de haut comme si nous [...] on n'était rien du tout” . Et de rappeler que Tarahoi en avait vu d'autres sous d'autres mandatures : “Ce qui s'est passé ce matin n'arrivait même pas à la cheville de certains débats qu'il y a pu avoir.” Moetai Brotherson a finalement regagné l'hémicycle dans l'après-midi. Pas un mot sur le départ fracassant de ses ministres ni sur la polémique qui a suivi. Le président s'est contenté de confirmer qu'il recevrait les praticiens hospitaliers à 17 heures. Passé l'incident, les échanges ont repris dans une ambiance nettement plus apaisée, comme si rien ne s'était passé. Le débat d'orientation budgétaire a finalement été clôturé peu avant 17 heures, sans autre éclat. Mais l'incident risque de laisser des traces. Déjà sérieusement malmené lors de l'examen du collectif budgétaire n° 2, sur une simple question de report de crédits, Moetai Brotherson n'avait guère besoin d'un nouvel affrontement avec une assemblée où il ne dispose plus de majorité absolue. Et le ton condescendant qui lui est régulièrement reproché risque de lui coûter cher à l'approche de l'examen du budget 2027, pour lequel il aura pourtant besoin de leurs voix. Un ROB qui ressemble déjà à un bilan À un peu plus d'un an de la fin de la mandature, Nuihau Laurey a choisi de prendre le gouvernement au mot. Plutôt que de commenter de nouvelles promesses, l'élu Ahip s'est livré à un inventaire des engagements pris en 2023. Pouvoir d'achat, protection sociale, tourisme, énergie, emploi ou réformes fiscales : à ses yeux, le compte n'y est pas. “Le bilan engagement par engagement est clairement un échec” , a-t-il asséné. Et pourtant, le Pays a bénéficié de marges financières “que peu de gouvernements par le passé ont connues” . Pour quel résultat ? Nuihau Laurey pointe le paradoxe d'un exécutif qui, selon lui, a surtout avancé sur un chantier absent du programme du Tavini en 2023 : l'indépendance. “Le mandat reçu était donc celui de gouverner le pays, et pas de le conduire à l'indépendance” , a-t-il rappelé. Même constat d'immobilisme chez Tepuaraurii Teriitahi, qui reproche elle aussi au gouvernement d'avoir privilégié l'idéologie indépendantiste au détriment des préoccupations quotidiennes des Polynésiens. La représentante Tapura dénonce des orientations “à côté de la plaque” et voit dans l'accélération des investissements annoncés pour 2027 une manœuvre préélectorale : “On n'est pas dupes. 2027, c'est la veille de 2028. Il faut séduire. Il faut faire des grandes annonces. Il faut montrer des grands projets.” Mais les interrogations ne viennent pas seulement de l'opposition. Dans les rangs du Tavini, Maurea Maamaatuaiahutapu, qui a également regretté le “mépris du président” envers les élus, a aussi demandé des résultats plus concrets. Souveraineté alimentaire, transition énergétique, projets numériques : l'élue a pointé le manque d'objectifs chiffrés et de calendrier pour plusieurs ambitions affichées par le gouvernement. Le Tapura résume finalement e ROB à un “patchwork nostalgique des promesses ratées” . Une appréciation sévère, à laquelle Moetai Brotherson a opposé les contraintes économiques internationales et les contradictions d'une opposition qui réclame davantage d'investissements tout en dénonçant les dépenses du gouvernement. “Mettre en avant la résilience, ce n'est pas un renoncement, c'est du pragmatisme”, a-t-il tranché. Tahiti-Infos, le site N°1 de l'information à Tahiti

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