Air Tahiti : perturbation du trafic domestique
Tahiti, le 21 octobre 2026 - Après le dépôt d’un préavis de grève qui doit prendre effet ce jeudi matin, Air Tahiti annonce maintenir son programme de vols ce jeudi et demande aux passagers de se présenter à l’aéroport. Si la compagnie est responsable de l’annulation d’un vol, les passagers seront pris en charge par celle-ci. En revanche, si l’annulation est due à la grève de la Somstat, qui assure le ravitaillement en carburant, “Air Tahiti ne pourra pas prendre en charge les passagers”, considérant que ce n’est pas de son fait. La CSIP considère au contraire que la compagnie aérienne est responsable puisqu’elle est “indépendante au niveau de ses cubis” . Ajoutant également que les pistards sont des agents “ indispensables pour assurer le départ et l’arrivée des avions dans des conditions de sécurité règlementaires” . La CSIP, O oe to ‘oe rima et le Syndicat du personnel navigant commercial d’Air Tahiti (Spencat) ont déposé un préavis de grève le 16 octobre dernier qui doit entrer en vigueur ce jeudi matin. Des négociations ont eu lieu ces trois derniers jours. “ L’ambiance était détendue, on ne s'est pas pris la tête”, indique Titaina Viriamu, secrétaire générale du Spencat. Les revendications sont diverses et concernent quatre “corporations” : les pistards internationaux et domestiques, les chefs d’équipe, les agents de ménage et le personnel navigant commercial (PNC). “On veut vendre un produit de qualité avec du cheap” La secrétaire générale du Spencat indique que leurs revendications relèvent, pour la plupart, des demandes de primes car, selon elle, “les salaires des nouveaux salariés stagnent” . Elle explique que depuis 16 mois, la direction d’Air Tahiti a retiré aux PNC les ventes effectuées à bord des appareils. Ce retrait a, selon elle, entraîné une perte de 15 000 francs sur leur salaire. “La direction nous avait promis une compensation et plus d’un an après, on n’a toujours rien. Certains de nos collègues ont subi une perte de leur pouvoir d’achat alors même que le coût de la vie ne cesse d’augmenter”, déplore Titaina Viriamu. Elle ajoute que pour la direction, ce sujet est “toujours à l’étude jusqu'à janvier 2027 alors même qu’il faut compenser la perte de leur salaire” . Le Spencat demande également une “prime fouilles sûreté” à hauteur de 3 000 francs, car les textes relatifs à la sûreté ne cessent d’évoluer. “On nous rajoute toujours plus de tâches sauf qu’on ne nous donne pas les moyens ni le temps d’accomplir toutes ces nouvelles tâches”, regrette Titaina Viriamu. La déléguée du personnel Hinavai Doom rappelle, elle, que ces tâches “doivent être exécutées comme la procédure le veut. Mais concrètement, le temps qu'on nous accorde ne nous permet pas de le faire. C’est ça la réalité de terrain. S'il y a un accident ou un incident, cela relève de la responsabilité des PNC” . Titaina Viriamu ajoute que si la direction ne veut pas leur octroyer cette prime, libre à elle de “prendre des prestataires” . Le Syndicat du personnel navigant commercial d’Air Tahiti applaudit des deux mains le fait d’être “ les premiers à avoir un ATR business (qui effectuera ses premières rotations le 8 décembre, NDLR). C'est bien, c’est formidable, on est pour l'évolution” . Mais il estime que “la qualité du service ne sera pas à la hauteur car on ne nous laisse pas le temps de discuter avec les clients. On va juste jeter ce qu’on doit servir car on doit faire vite (…) et cela va être de la qualité avec du cheap. C'est pathétique.” “Deux mouvements de grève qui risquent de perturber le trafic domestique” Ce mercredi, la directrice marketing et commerciale d’Air Tahiti, Vairani Tetaria, a indiqué qu’il y a “deux mouvements de grève qui risquent de perturber le trafic domestique, peut-être international, mais surtout domestique”. Celui de la Société de manutention, de stockage et de transport pour l’aviation (Somstat) qui ravitaille les gros porteurs et les petits porteurs en carburant et celui du personnel au sol et navigant d’Air Tahiti. Deux cas de figure pourraient conduire la compagnie aérienne à annuler des vols, indique Vairani Tetaria : “Premier cas : on ne peut pas faire le plein donc le vol est annulé. Deuxième cas, le plein a pu être fait, mais il peut éventuellement y avoir un personnel navigant qui ne se présente pas. À ce moment-là, le vol est aussi annulé” . Elle regrette que la loi “Diard” ne soit pas applicable au Fenua car le personnel aurait eu pour obligation de se déclarer gréviste 48 heures avant pour leur laisser le temps de reprogrammer les vols. En Polynésie, le personnel déclare qu’il est gréviste une heure seulement avant le vol. D’autant plus, précise Vairani Tetaria, que des charters scolaires sont prévus en plus de l’événement phare du calendrier sportif, la Hawaiki Nui Va’a, qui doit débuter mercredi prochain. Maintien des vols La directrice marketing et commerciale d’Air Tahiti a ensuite expliqué, ce mercredi, les “dispositions” qui seront mises en place par la compagnie aérienne. “On a pris le parti, puisqu'on ne sait pas qui est gréviste et qui ne l'est pas, de maintenir le programme de vols pour demain . Nous demandons à tous les passagers de se présenter” . Vairani Tetaria explique que si un avion ne peut pas décoller, la compagnie aérienne et Tahiti Tourisme pourront porter assistance aux passagers et “essayer de leur trouver des hébergements, des taxis, etc.”. Elle indique ensuite que pour les vols annulés, la compagnie “a levé les frais de modification et de remboursement pour les passagers qui ne pourraient pas partir du fait d'Air Tahiti” et ajoute que la compagnie prendra en charge les passagers qui ne résident pas sur l’île. Par contre, si le vol est annulé du fait de la Somstat, “il n'y aura pas de prise en charge par Air Tahiti (…) car la cause première du non-départ de l'avion, c'est que les pleins n'ont pas été faits (…) par une autre société (Somstat, NDLR) qui est en grève” . Afin de garder les dossiers de réservation “actifs ”, la compagnie a dû trouver une astuce qui risque de surprendre les clients. Les dossiers sont classés dans “des vols fictifs, donc entre 2001 et 1099”, explique Vairani Tetaria . Chaque passager va ensuite recevoir un SMS pour l’informer que “son vol est reporté dans 14 jours”. Mais pas de panique , “c'est fait uniquement pour garder le dossier actif”, précise-t-elle. Dès que le vol sera reprogrammé, un nouvel SMS sera envoyé. “Nos plus sincères excuses auprès de nos passagers pour les désagréments qu'ils subissent” , glisse la directrice marketing et commerciale de la compagnie. “Ce n'est pas la faute de Somstat, c'est bien la faute d’Air Tahiti” Du côté de la CSIP, on n’a pas la même lecture. La 5 e secrétaire générale de la confédération, Vaitea Le Gayic, rappelle que le préavis de grève déposée à Air Tahiti concerne “ le personnel qui a été oublié et demande à être revalorisé et reclassé”. Elle assure que si les vols sont annulés, “ce n'est pas la faute de Somstat, c'est bien la faute d’Air Tahiti” . Vaitea Le Gayic explique ensuite que la compagnie aérienne est “indépendante au niveau de ses cubis de jet, donc c'est la faute de la direction”. La syndicaliste rappelle également “ la responsabilité en matière de sécurité” . Elle souligne que les vols domestiques et internationaux nécessitent la présence de trois pistards, “conformément à la règlementation”, précise-t-elle. Et d’ajouter que “ces agents sont indispensables pour assurer le départ et l’arrivée des avions dans des conditions de sécurité règlementaires” . “Air Tahiti est mal placée de venir dire que c'est la Somstat qui est à l'origine du fait que les vols ne vont pas partir. Air Tahiti est bien indépendante au niveau de ses cubis”, insiste Vaitea Le Gayic qui précise en revanche qu’Air Moana et les vols internationaux dépendent bien, eux, de la Somstat. Tahiti-Infos, le site N°1 de l'information à Tahiti
