Cameroun/ Maurice Kamto dénonce les universitaires : le réquisitoire d’un initié contre le « blanchiment juridique » des dictatures
© DR Quand Maurice Kamto lance : « Ils sont allés chercher la lumière, parfois jusqu'à l'étranger, pour venir plonger leurs pays dans les ténèbres », il ne s'adresse pas aux militants. Il s'adresse à ses pairs. À ses confrères des amphis de Yaoundé, Dakar, Abidjan. Ce n'est pas l'opposant qui parle. C'est le professeur. L'ancien Doyen de la Faculté des sciences juridiques et politiques de l’université de Yaoundé II connaît la mécanique de l'intérieur. Et c'est précisément ce qui rend sa charge aussi violente. Dans sa pensée du 28 septembre 2026, l’universitaire fait remarquer que le coup d'Etat ne porte plus de treillis, il porte une toge. Pour Kamto, l'Afrique francophone a connu une mutation du coup d'Etat. Le plus fréquent n'est plus celui du colonel qui prend la radio. C'est celui du professeur agrégé qui prend la Constitution. « Au total, il y a eu dans nos pays plus de coups d'Etat constitutionnels que de coups d'Etat militaires au cours des quatre dernières décennies. » Sa thèse est celle du blanchiment juridique : le dirigeant véreux ne veut plus violer la Loi fondamentale les armes à la main. Il veut qu'un constitutionnaliste respecté vienne expliquer, avec un vernis scientifique, que la violation est en réalité légale. Comment on fabrique un 3e mandat proprement Kamto décrit en trois pièces la recette, qu'il a vue à l'œuvre. D’abord, elle consiste à supprimer la limitation de mandats, acquise dans l'euphorie démocratique des années 1990. Ensuite, au lieu de demander au peuple souverain par référendum, on fait voter la suppression par un parlement acquis. Enfin, on justifie l'opération par une aberration juridique pour un républicain : la souveraineté du président serait supérieure à celle du Peuple. « Ils défendent sans vergogne sa violation, les changements constitutionnels fondamentaux par de simples révisions parlementaires, sans recours au référendum ». Pour le juriste qu'est Maurice Kamto, c'est une trahison du principe premier de la République. Le Peuple est la source de toute souveraineté. Aucune autre ne peut lui être supérieure. Une accusation de complicité historique La phrase finale est la plus lourde : « Assurément, nombre d'universitaires africains ne sont pas moins comptables de nos malheurs que les gouvernants. » Il ne dit pas qu'ils sont des victimes ou des conseillers mal écoutés. Il dit qu'ils sont comptables. Co-responsables. En creux, Kamto pose la question qui fâche dans toutes les facultés de droit du continent : à quoi sert d'aller chercher la lumière de la science si c'est pour l'éteindre à son retour ? Comme un universitaire dans un amphithéâtre, entouré de garanties d’indépendance, d’impartialité, d’objectivité reconnues à la science, l’enseignant et homme politique se rapproche de Mamadi Doumbouya, président guinéen. Du haut de la Tribune des Nations Unies lors de l’Assemblée générale de septembre 2026, celui qui est arrivé au pouvoir par coup d’Etat en 2021 puis maintenu après élection en 2025, dénonce l’impunité des ‘’putschistes en costume’’. Ces dirigeants qui modifient la Constitution pour se maintenir au pouvoir en toute impunité. Ces derniers se font ainsi aider par d’éminents universitaires tel qu’indique le Pr Maurice Kamto, lui qui a fait ses pas aux cotés du régime de Yaoundé avant de prendre ses distances. Cet article Cameroun/ Maurice Kamto dénonce les universitaires : le réquisitoire d’un initié contre le « blanchiment juridique » des dictatures est apparu en premier sur Journalducameroun.com .
