ONU-81e Assemblée générale : le discours de Paul Biya, lu par Mbella Mbella, entre continuité diplomatique et signaux intérieurs
© Minrex Non présent physiquement, le président Paul Biya s'est fait représenter à la tribune de l'ONU par son ministre des Relations Extérieures, Lejeune Mbella Mbella. Le membre du gouvernement a prononcé un discours de 7 pages qui résume la doctrine camerounaise de 2026 : défendre le multilatéralisme, réclamer de l'argent pour le Sud, et présenter une crise anglophone en voie de normalisation. Dès les premières lignes, le ton est donné. C'est le Cameroun qui parle, pas un homme. Mbella Mbella insiste : "S.E. Paul Biya m'a fait l'immense honneur de le représenter". Le discours s'ouvre par les hommages obligés au nouveau président de l'Assemblée Générale, à son prédécesseur allemande Annalena Baerbock, et surtout à Antonio Guterres, dont c'est la dernière Assemblée Générale comme secrétaire général. Yaoundé salue son "courage et son opiniâtreté dans un contexte parfois difficile". Une façon de se positionner dans le camp des défenseurs de l'ONU. La session avait pour thème : "Rétablir la confiance, gérer la transformation pour une ONU qui produit des résultats". Il est repris mot pour mot et décliné en 3 axes par le Cameroun : confiance entre États, réconciliation entre peuples et institutions, et maîtrise de la technologie, notamment l'intelligence artificielle. Le cœur du message camerounais : l'argent du développement C'est le point le plus appuyé du discours. À quatre ans de l'échéance de l'Agenda 2030, le ministre Lejeune Mbella Mbella livre la phrase la plus politique : "Le financement du développement ne doit pas être considéré comme une œuvre de bienfaisance. Il constitue un investissement dans la stabilité, la prospérité partagée et la sécurité collective." Le Cameroun demande deux choses concrètes à cet effet : la mise en œuvre "diligente et intégrale" des engagements pris à Séville en juillet 2025 sur le financement du développement ; la réforme de l'architecture financière internationale pour "une place plus juste aux pays du Sud". Un discours classique du Sud global, mais qui prend une résonance particulière en 2026, alors que le Cameroun a accueilli du 26 au 29 mars 2026 la 14e Conférence ministérielle de l'OMC. Yaoundé se présente comme une capitale du commerce, plaidant pour l'industrialisation, la transformation locale des matières premières et la ZLECAf, dont il rappelle avoir été parmi les premiers à ratifier les statuts. Sur le plan africain, le Cameroun réitère sans surprise la position commune de l'Union africaine : une meilleure représentation de l'Afrique au Conseil de Sécurité. Sécurité : le Lac Tchad et le maintien de la paix comme cartes de crédit Le Cameroun rappelle qu'il est un contributeur aux opérations de maintien de la paix de l'ONU et qu'il forme des personnels africains. Il réaffirme sa coopération "exemplaire" avec l'ONU dans ce domaine. Le message le plus fort ici concerne la lutte contre le terrorisme. Il s’agit en l’occurrence de la poursuite "inlassable, sans relâche" avec la Commission du Bassin du Lac Tchad pour la stabilisation des zones autour du Lac Tchad. Un moyen de rappeler que le Cameroun est en première ligne contre Boko Haram et qu'il attend une solidarité internationale. Le paragraphe le plus scruté : Nord-Ouest et Sud-Ouest C'est la seule partie du discours portant sur la politique intérieure. En une phrase, le discours règle le sujet : "Le Gouvernement s'investit au retour à une situation normale dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Les efforts de lutte contre l'insécurité et de réintégration ont déjà produit des résultats palpables et observables sur le terrain." Pas de chiffres, pas de bilan détaillé du Grand dialogue national ou du statut spécial. Le message à l'international est que la crise est gérée. Les résultats sont là. Les autorités multiplient et consolident ces résultats. Le discours ajoute un paragraphe sur la solidarité envers les déplacés et les réfugiés, malgré les contraintes. Ce que le discours ne dit pas À New York le 26 septembre, S.E. Mbella Mbella ne parle ni de la succession à la tête de l’Etat, ni des échéances électorales poussées et repoussées, encore moins des dénonciations multiples des atteintes aux droits et libertés des personnes physiques et morales par des personnalités incarnant la puissance publique. C'est un choix volontaire. Le Cameroun à l'ONU reste sur son couloir traditionnel : non-ingérence, souveraineté, multilatéralisme, paix et développement. Ce discours marque ainsi la continuité. Pas d'annonce fracassante, pas de rupture. Le Cameroun se positionne comme un État stable, médiateur, qui accueille des grandes rencontres internationales, qui contribue à la paix, qui défend l'Afrique au Conseil de Sécurité et qui demande que le Nord finance le Sud non par charité, mais par intérêt bien compris. Cet article ONU-81e Assemblée générale : le discours de Paul Biya, lu par Mbella Mbella, entre continuité diplomatique et signaux intérieurs est apparu en premier sur Journalducameroun.com .
