Gaz domestique au Cameroun : la stratégie du gouvernement pour gérer la rareté
© DR Pour faire face à la pénurie de gaz parfois créée par certains acteurs pour favoriser la spéculation sur les prix, le gouvernement adopte une nouvelle stratégie de gestion. Elle vise à neutraliser les tricheurs et tous les obstacles identifiés afin de fluidifier la distribution. Dans les quartiers de Yaoundé, Douala, Garoua ou Bafoussam, la scène est la même : des ménagères qui parcourent des kilomètres avec leur bouteille de 12,5 kg sur la tête ou sur la moto à la recherche du précieux sésame. Quand une station-service annonce avoir du gaz, c'est la ruée, parfois les bousculades. Pourtant, le gaz existe dans la chaîne. Il arrive au port. Il est stocké à la SCDP. Mais il n'arrive pas dans les points de vente. Le diagnostic du ministre de l’Eau et de l’Energie –Minee- est sans appel : la rareté est organisée. La lettre circulaire du 23 septembre 2026, signée par le ministre Gaston Eloundou Essomba lève le voile sur 3 mécanismes qui assèchent le marché. D’abord le blocage des fonds. Certains marketers ne paient pas les importateurs dans les délais. Résultat, l'importateur bloque la prochaine cargaison. Paralyse tout le marché. Ensuite, le détournement du produit. Le gaz subventionné par l'État pour les ménages (6 500 F la bouteille) est revendu illégalement aux industries à prix fort. Plus rentable pour le marketer, insupportable pour les ménages. Enfin, le privilège réservé aux gros clients. Au lieu de livrer les dépôts de quartiers, certains opérateurs enlèvent tout pour livrer une seule industrie qui paie cash. Les points de vente restent vides. Ces pratiques "privent les ménages de cette source d'énergie vitale et sont susceptibles de créer des troubles à l'ordre public", avertit le ministre pour dire que cela doit cesser. La gestion de la rareté en 5 leviers Après une concertation de plus de 3 heures vendredi dernier avec tous les acteurs, le Minee ne gère plus la rareté en la subissant. Il la gère en la corrigeant à la source. Il entend tout d’abord sécuriser les arrivages par le respect strict du calendrier prévisionnel des livraisons par les importateurs. A cet effet, à en croire le membre du gouvernement, il n’y aura plus de cargaison de gaz en retard qui crée un trou de deux semaines dans le stock. Ensuite, il s’agit de fluidifier l’argent par l’obligation de paiement des factures dans les délais contractuels. L’autre levier est d’imposer l’équité qui veut que la SCDP repartisse les cargaisons selon parts de marché et les contrats. Ce qui tend à mettre fin à la mesure "premier arrivé, premier servi" qui avantage les tricheurs. L’avant dernier levier veut placer le Cameroun en priorité. Les importations destinées au marché national passent en priorité. Le transit vers le Tchad et la RCA ne doit plus pénaliser le marché local. Enfin, la stratégie commande d’éliminer les opérateurs fictifs. Désormais il faudra avoir 10 000 bouteilles minimum avant de pouvoir enlever du gaz. Ainsi, pas de bouteilles, pas de gaz. L'objectif du gouvernement n'est plus seulement de gérer la pénurie, mais de la supprimer. Avec la menace de suspension et retrait d'agrément pour tout contrevenant, le message est passé : le gaz subventionné doit aller aux ménages. Pour la ménagère de Mokolo ou de Bepanda, le résultat attendu est simple : ne plus parcourir 10 km pour une bouteille de gaz. Il reste que la mesure soit suivie d’une application immédiate et effective. Cet article Gaz domestique au Cameroun : la stratégie du gouvernement pour gérer la rareté est apparu en premier sur Journalducameroun.com .
