Sabrina Birk : “À l’écoute pour notre nūna’a”
Tahiti, le 18 septembre 2026 – Dernière candidate déclarée aux élections sénatoriales, Sabrina Birk amorce “peut-être” son retour en politique. Artiste et citoyenne engagée à la Presqu’île, elle entend profiter de cette tribune pour défendre ses idées avec le soutien de son remplaçant, Christian Pinard, agriculteur à Mataiea. Respect de l’environnement, pratique du reo ou encore droits coutumiers, la candidate ne dresse pas une longue liste de mesures, privilégiant la “proximité avec les élus et le nūna’a, tout simplement” . Citoyenne engagée à la Presqu’île, vous vous êtes retirée de la scène politique en 2011 après avoir siégé à l’assemblée de la Polynésie française, où vous vous étiez notamment engagée en faveur de la diminution du train de vie des élus. Quinze ans plus tard, qu’est-ce qui motive cette candidature de dernière minute aux sénatoriales ? “C’est la première fois que je me présente à une élection. Auparavant, j’étais sur des listes électorales. Ma motivation, c’est qu’aujourd’hui, les femmes ne se présentent plus. À cette élection, il n’y avait que Lana Tetuanui, qui a encouragé à sortir de derrière nos écrans et à se présenter si on a des choses à dire. Je l’ai prise au pied de la lettre pour défendre notre point de vue.” Votre campagne s’annonce très courte. Est-ce l’opportunité d’une prise de parole ou l’aube d’un nouvel engagement durable, pour cette élection ou d’autres ? “Les deux à la fois. D’abord, c’est pour prendre la parole et dire les choses. Ma fille a 18 ans, le temps est passé. J’ai vécu en tant que maman et j’ai priorisé ma famille. Et peut-être que je peux revenir sur la scène politique, peut-être.” “Être bienveillant et travailler avec tout le monde” Vous étiez autrefois membre du Tavini. Vous restez aujourd’hui sans étiquette. Est-ce un atout ou un handicap vis-à-vis des grands électeurs ? “Pour moi, c’est un atout, parce que je me revendique du peuple. Notre parti, c’est le nūna’a. Dans cette élection, il faut être au service de tout le monde et de chaque tāvana. On ne doit pas avoir de blocage ou de clivage. Je dirais que je prône plutôt la réconciliation. Je pense qu’en 15 ans, j’ai mûri et j’ai compris que le mieux, c’est d’être bienveillant et de travailler avec tout le monde.” S’agissant de votre programme, quelles priorités défendez-vous dans votre profession de foi ? “On a fait très simple. On est là pour écouter et pour comprendre : on est au service de notre nūna’a. Le mot “nūna’a” est important : je veux ramener cette idée en politique. En 2003, on est devenu une “population” dans la Constitution française. Avant, on était “peuple d’Outre-mer”. L’effacement de notre identité par le terme “population” a contribué à réduire notre estime de soi et sûrement à notre mal-être ces dernières décennies. Je veux défendre l’idée qu’on peut être un “peuple” au sein de la République. Notre différence nous enrichit. Un peuple, il a un héritage : on peut revendiquer les droits coutumiers et retrouver un foncier coutumier. Ça existe en Nouvelle-Calédonie et à Wallis-et-Futuna, pourquoi pas chez nous ? (...) On peut défendre l’idée d’officialiser une langue : je soutiens la mise en place d’écoles d’immersion en reo, comme cela se fait à Hawai’i et Aotearoa. J’ai pas mal de combats. Le plus important, c’est d’être à l’écoute. Je suis quelqu’un qui défend des valeurs humaines et environnementales. Parce que pour être heureux, il faut être bien entouré et dans un bel environnement.” “Il faut prendre soin de notre environnement” Artiste, vous êtes engagée en faveur de la culture, mais aussi de la préservation de l’environnement. Dernièrement, c’est le projet Ekopol à Taravao qui vous a fait bondir. Souhaitez-vous également porter ces enjeux au niveau national ? “Je souhaite porter la protection de nos baleines pour veiller à ce qu’elles puissent circuler dans l’océan Pacifique en toute sécurité ; je soutiens l’idée de donner une personnalité juridique à la baleine. Pour la baie de Phaëton ou ailleurs, il faut remettre en place des tarodières le long des rivières pour filtrer l’eau et limiter la détérioration des coraux. Un statut de sénatrice peut donner du poids à ce genre de mouvement, en montrant que notre nūna’a soutient cette idée qu’il faut prendre soin de notre environnement. Rien que de pouvoir en parler aujourd’hui, y compris avec les autres leaders politiques, c’est bien, parce qu’on va être entendus.” Votre remplaçant, Christian Pinard, est agriculteur à Mataiea. Pourquoi ce choix ? “Je suis moi-même agricultrice. Je plante depuis que j’ai quitté la politique et pour moi, l’agriculteur, c’est le vrai Mā’ohi. C’est celui qui vit de sa terre et qui aime sa terre. C’est le quotidien de mon remplaçant et ce sont des valeurs saines. Ce sont les valeurs de nos grands-parents. Planter et manger du taro, c’est non-polluant. Je prône cette relation à la terre et de tendre vers le zéro déchet. Choisir un agriculteur comme remplaçant, je crois que c’est un excellent choix.” Si vous êtes élue sénatrice, quel est l’engagement que vous prenez aujourd’hui, sur lequel on pourra vous demander des comptes dans six ans ? “Je m’engage à ma proximité, mon accessibilité et ma disponibilité avec les élus et le nūna’a, tout simplement.” Tahiti-Infos, le site N°1 de l'information à Tahiti
